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Causes principales de la non-inscription aux élections ?

6032014

Les recherches abondantes sur la participation électorale ont dévoilé la complexité des facteurs en cause depuis des décennies (Michelat et Simon, 1977 ; Gaxie, 1978 ; Percheron et al. 1987 ; Subileau et Toinet, 1989 ; Mayer et Percheron, 1990 ; Ysmal, 1990 ; Mayer et Perrineau, 1992 ; Mayer, 1997, etc.).

Néanmoins des études récentes ont permis de cibler de manière plus significative des aspects communs dans l’évolution sociologique du retrait ou de la non prise en compte de la vie citoyenne par des populations diverses au sein d’un même groupe.

C’est ce qu’a tenté de démontrer J.-L. PAN KÉ SHON  dans une étude dont nous publions aujourd’hui la synthèse d’une partie de celle-ci.

Il est à noter que l’intégralité du texte relatif aux « déterminants de la non-inscription électorale et quartiers sensibles en France » figure sur notre site à l’adresse si dessous :

http://www.association-ami.eu/news/determinants-de-la-non-inscription-electorale-et-quartiers-sensibles-en-france-/

Grâce aux données recueillis par l’enquête Vie de quartier, il est permis de disposer de nombreuses caractéristiques individuelles.

Il est donc possible d’estimer les probabilités de ne pas être inscrit sur les listes électorales en fonction de caractéristiques sociodémographiques se résumant sous 3 types généraux d’effets.

 

1.    Le capital scolaire et les comportements culturels

 En premier lieu, un faible capital scolaire entraîne plus fréquemment un défaut d’inscription : en effet, la probabilité des non-diplômés ne pas être inscrits sur les listes électorales est supérieure d’environ 10% à celle des titulaires d’un diplôme de niveau supérieur à bac + 2.

D’une manière générale, l’effet du capital scolaire peut s’interpréter comme le reflet d’une bonne appréhension des enjeux démocratiques ou comme celui de l’intériorisation d’une compétence ou d’une incompétence personnelle qui autorise ou non l’expression politique (Bourdieu, 1979 ; Gaxie, 1978).

En dehors du capital scolaire, certaines caractéristiques culturelles favorisent une implication dans la sphère publique.

Des études antérieures ont montré que le comportement différencié des fonctionnaires par rapport aux salariés du privé (de Singlet  Thélot, 1988) provient autant d’une sélection préalable d’individus aux dispositions proches opérée par une institution publique que de l’imposition d’une culture de service public et de bonne marche de l’État sur ces mêmes individus.

Les salariés du public adoptent des positions marquées dans le débat démocratique (Boy et Mayer, 1997b).

Ils se démarquent aussi de façon significative des gens du privé par leur plus grande implication citoyenne au travers de l’inscription : la probabilité de ne pas être inscrits sur les listes électorales est inférieure de 2,3 % chez les salariés du secteur public par rapport à ceux du privé.

Il est force de souligner que les paramètres pris en compte dans le modèle incluent le niveau de diplôme et le sentiment d’appartenance religieuse, et que ce résultat est donc obtenu en contrôlant ces variables.

On peut y lire à la fois le résultat de l’implication des fonctionnaires dans la conduite des affaires de l’État comme celui de la sélection d’individus attentifs aux obligations citoyennes qui se dirigent vers les professions du public.

 

2.    Une moindre insertion sociale

 Le niveau d’insertion sociale influe fortement sur la décision de s’inscrire ou non. Ainsi, l’adhésion à un groupe structurant, en particulier s’il s’agit d’un parti politique, d’un syndicat ou plus généralement d’une association« à vocation civique », favorise l’inscription.

Si faire partie d’une association de ce type manifeste la volonté de l’individu de peser sur la vie citoyenne et se traduit logiquement par une inscription plus fréquente, l’appartenance à d’autres types d’associations (parents d’élèves, anciens combattants, sportives) a également un effet significatif, qui varie selon la nature de l’association.

Plus généralement, l’appartenance à un réseau de sociabilité (groupe d’amis ou de camarades) exerce également une influence positive sur l’inscription.

L’insertion dans un réseau quelle que soit sa nature induit des échanges interpersonnels variés, conduit les individus à prendre position et, au final, à souhaiter faire entendre leur voix.

C’est aussi le vecteur d’un encadrement et d’un « contrôle » moral de la part du groupe qui s’exerce sur l’individu et il est sûrement moins coûteux de se plier à ce contrôle que de l’outrepasser (Percheron et al. 1987).

L’influence spécifique de l’appartenance à un réseau sur l’inscription découlerait alors de logiques de stimulation et de contrôle du groupe.

En outre, un ancrage résidentiel plus ancien conduit les individus à s’inscrire davantage sur les listes électorales.

Ainsi, la probabilité de ne pas être inscrit décroît fortement lorsque la durée d’occupation du logement augmente.

De même, être propriétaire de son habitation révèle un ancrage localisé qui se traduit par une participation plus fréquente au débat public.

L’avancée en âge s’accompagne d’une inscription plus fréquente alors que les jeunes utilisent moins souvent cette possibilité, ce qui a incité le législateur à instaurer l’inscription automatique.

Cette notion d’âge est toujours délicate à interpréter, puisque ce n’est pas le vieillissement biologique qui est en cause mais plutôt l’insertion progressive des plus jeunes dans le monde des adultes.

À l’âge de la majorité légale, il leur faut assumer leur rôle d’« adulte institutionnel » et tous n’y sont pas prêts. À cet égard, il n’est pas anodin d’observer que les enfants majeurs vivant encore chez leurs parents ont une probabilité de ne pas s’être inscrits supérieure de 4,2 % à celle des autres personnes vivant dans les ménages.

Il est possible de fournir une interprétation alternative plus prosaïque, mettant en avant l’inertie liée à l’inscription électorale.

Comme nous l’avons dit plus haut, une personne peut être amenée à s’inscrire une seule et unique fois au cours de sa vie à condition qu’elle ne déménage jamais.

Ce serait donc par un effet d’accumulation, de stock, que les personnes âgées seraient bien plus fréquemment inscrites.

De même, les individus les plus mobiles se mettent en situation de devoir s’inscrire à nouveau.

Ainsi, les personnes récemment implantées dans leur commune risquent de se retrouver au moins temporairement non inscrites, et les locataires plus que les propriétaires puisque ces derniers ont par nature une mobilité résidentielle plus réduite. Mais cette hypothèse ne permet pas à elle seule d’expliquer les effets du niveau de diplôme, de l’appartenance à un réseau, du sexe ou encore du pays de naissance.

Ainsi, toutes choses égales par ailleurs, les personnes nées à l’étranger sont moins souvent inscrites que celles qui sont nées en France.

Faut-il y voir un déficit de participation lié à l’absence de modèle parental, puisque les parents implantés en France, souvent étrangers, sont dans l’impossibilité de participer au vote (hormis dans le cas des élections municipales et européennes pour les ressortissants des pays de l’Union européenne) ?

Il est remarquable que les Français nés en Afrique aient une probabilité d’être non-inscrits plus faible que les natifs d’autres pays.

Ce résultat, s’il était confirmé par les études à venir, pourrait traduire les liens qui perdurent entre les anciennes colonies et la France et se concrétisent par une inscription plus fréquente.

 

3.    La position sociale

 Enfin, la probabilité d’être inscrit ou non sur les listes électorales dépend de la situation sociale des individus.

Ainsi, les chômeurs s’inscrivent moins souvent que les personnes en activité.

Être membre d’une famille nombreuse (de 6 personnes ou plus) – ce qui ne signifie pas être confronté directement à des difficultés sociales, mais augmente les chances d’appartenir à un ménage modeste – conduit aussi plus souvent à ne pas s’être inscrit sur les listes électorales.

En dehors des personnes disposant des revenus les plus bas, qui sont pour une part des étudiants, les individus qui ont des revenus modestes sont moins souvent inscrits ; à l’inverse, ceux qui ont des revenus élevés sont plus fréquemment inscrits sur les listes électorales.

Au total, être chômeur, avoir des revenus modestes ou appartenir à une famille nombreuse sont autant de facteurs qui, toutes choses égales par ailleurs, exercent une influence significative sur la probabilité de ne pas être inscrit sur les listes électorales, mais qui jouent un rôle moindre que le niveau de diplôme et le degré d’insertion sociale.

 

 

BS/AMI (extrait étude de J.-L. PAN KÉ SHON)







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